J’ai écrit le texte qui suit au début du déconfinement, fin avril 2020, parce que ça me sautait carrément à la figure que plein de gens semblaient s’accrocher frénétiquement aux masque dits AFNOR comme un chasseur de vampire à sa croix. 

C’est un masque AFNOR ? Non ? Alors je n’en veux pas. Quelle ironie d’utiliser un mot pour se protéger d’une menace que les masques pourraient réellement protéger ! Et il se trouve que ce n’est pas le seul mot utilisé à cette fin. 

Il y a des mots que l’on utilise comme des talismans, pour se protéger d’un danger plus ou moins fantasmé. 

 

 

Depuis quelques années, le mot “bio” est devenu un mot talisman. 

“Est-ce que c’est bio ? Sinon je n’en mange pas.” 

Mais qui, qui a réellement cherché à comprendre ce qu’il y avait dans la charte d’accréditation du bio et comment se passait une labellisation ?

Quiconque a fait cet effort intellectuel a bien compris qu’il y a beaucoup de vent là-dessous. Un industriel “bio” est beaucoup moins proche de la philosophie initiale du “bio” qu’un maraîcher indépendant non labellisé “bio” ou que des initiatives comme C’est qui le patron. Alors faites votre choix et épargnez-moi votre “ce n’est pas du bio ?” quand je parle des légumes du producteur du marché. 

 

 

Et puis il y a eu le mot “vegan”. Ce mot talisman qui nous prémunit contre la violence. Enfin, la violence contre certains animaux, hein.

Pas la violence du marché qui paupérise des populations, défriche les forêts, détourne l’eau de la population pour irriguer des cultures (avocat, amandes, quinoa, et j’en passe) exportées à prix d’or pour la consommation de bobos occidentaux. Il ne prémunit pas non plus de la malnutrition de ces dernières personnes semblant avoir tout mieux compris que les autres et qui maltraitent souvent leur santé, finissant parfois par se remettre à manger des produits animaux en se faisant lyncher par leurs anciens fans. 

 

 

Et puis depuis la crise sanitaire du coronavirus covid-19, il y a le mot “AFNOR” que certains ne connaissaient pas avant que ces fameux masques AFNOR ne soient distribués, vendus ou qu’il soit possible d’en créer un soi-même.

Bouh, ton masque n’est pas AFNOR ! Malheur, tu iras te faire postillonner dessus en enfer pour l’éternité. Alors que très clairement, les fameuses spécifications des fameux masques se résument ainsi : 2 ou 3 épaisseurs d’un tissu en coton qu’on assemble sous forme d’un masque qu’on se met sur la figure. Pas de quoi monter sur ses grands chevaux en brandissant ce mot comme bouclier contre le Mal absolu. 

Mais de quoi avons-nous peur ? Que cherchons-nous à créer comme sortilèges avec ces mots talismans ? 

Peur de la maladie ? Certainement. Peur de la mort ? Assurément. Peur de la faiblesse ? Aussi, sûrement. 

 

Et pourquoi ne nous autorisions-nous pas à être malades, faibles parfois ? Pourquoi ne nous autorisons-nous pas à être tristes, à être en colère ou à être paresseux parfois ? 

Pourquoi faire toujours semblant d’être invincibles, d’être au top, d’être productifs ? Nous ne le sommes pas toujours. 

 

 

C’est pour moi la partie inavouable de la tyrannie du bonheur. Elle cache bien plus qu’une peur du malheur. Elle cache une violence inouïe (envers soi, envers les autres) derrière des bonnes intentions. Elle abrite les pires démons destructeurs derrière ses airs d’ange. 

Nous somme vivants et en tant qu’êtres vivants, nous sommes changeants, fragiles, parfois en forme, parfois non. 

 

 

Finalement je crois que c’est cette peur d’être vivant qui nous pousse à créer ces mots talismans.

 

Car si nous assumions pleinement d’être en vie : d’une nous accepterions la vulnérabilité et les changements propres au vivant (as-tu remarqué à quel point l’être humain est faible biologiquement par rapport aux autre animaux ?), de deux nous ne gaspillerions pas notre précieuse vie et notre précieux temps à nous rendre malades, nous détruire et détruire le monde autour de nous (sous couvert de bonnes intentions comme : manger bio, vegan, derrière un masque AFNOR). 

On entend beaucoup parler de nouveau monde, de nouveaux bienheureux, d’ère du Verseau ou je ne sais quelle connerie. À ce que je vois autour de moi, ce ne sont que des mots : les mécanismes humains derrière cette nouvelle ère auto-proclamée sont exactement ceux qui mènent à la guerre, la destruction et l’auto-destruction. Bien peu de personnes sont déterminées à aller regarder leurs démons en face, à traverser leur désert, à vivre leur ombre. 

Il y en a heureusement ! Ouf !

 

Nous avons adhéré à la croyance que nous ne sommes pas assez forts, pas assez bien pour regarder ces parts d’ombre. Et cette croyance peut être bien confortable car elle dit que si le monde va mal, si nous allons mal, nous n’y pouvons rien du tout. 

 

Le système éducatif notamment a pour but de faire croire aux enfants à leur impuissance, pour qu’ensuite ces enfants devenus grands puissent faire ce que leur patron leur dit de faire sans broncher car ils se croient impuissants face au système économique. Ça marche bien, n’est-ce pas ?

Oh, il y a d’autres mots talismans dans le monde de l’entreprise… Je te laisse les trouver tout.e seul.e. Indice : parfois en anglais ou novlangue, parfois des remaniements de l’Histoire qui changent le sens de protections sociales. 

 

 

Où je veux donc en venir avec tout ça ? 

Simple : les mots talismans, ceux qui se chargent d’un sens assez éloigné de la réalité sont des portes d’entrée pour comprendre ce dont on a peur

Petit indice de bon sens : quand on a peur de quelque chose, si on souhaite avoir moins peur il va falloir se coller à regarder cette peur en face.

 

Et non pas la renforcer en s’éloignant encore plus de la réalité, en tombant dans le fanatisme délirant ou dans une lutte contre de faux ennemis imaginaires à l’extérieur de soi (oui, oui, je vous vois les Twittos militants qui cherchez des coupables externes et à vous victimiser pour justifier votre vie insatisfaisante). 

 

 

La lutte, s’il y en a une, se passe à l’intérieur. Et nous sommes capables de la tenir, d’y plonger. Nous sommes bien plus puissants que ce que notre éducation-dressage-conditionnement a bien voulu nous laisser croire. Nous n’avons pas besoin de mots talismans pour être forts. 

 

Dumbo, laisse donc tomber ta plume et vole sans elle ! 

Oups, rien à voir : Dumbo, ce dessin animé des studios Disney racontant l’histoire d’un charmant petit éléphant de cirque, est une allégorie de l’alcoolisme. 

Rien à voir ? Pas sûre en réalité, peut-être que nous somme bien plus accro que nous voudrions l’admettre à ces mots, à ce qu’ils cachent, à nos peurs ? 

Isabelle ☺

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