Engagée. Enragée.

Une seule lettre change ! Et pourtant elle est si importante, cette lettre-là ! Et bien souvent négligée…

En même temps, c’est compréhensible. Lorsqu’on cherche à avoir un impact positif sur le monde, cela part bien souvent d’une profonde indignation pour ce qui existe.

C’est plutôt sain d’être indigné quand on est victime ou témoin des pires violences…

Je connais bien trop de personnes qui feignent l’indifférence derrière un cynisme malavisé. Et qui ainsi montrent toute leur impuissance et leur orgueil, à travers des traits d’esprit cruels pour ne pas perdre la face. « De toute façon, la vie, c’est de la merde, hein ? ».

J’imagine que si tu me lis, tu ne perds pas ton énergie à te défendre d’être sensible en te montrant désagréable et en cherchant à avoir l’ascendant sur tous ceux que tu croises… Si c’est le cas, tu peux dès maintenant quitter cette page. Bye !

Toi qui restes, tu vois de qui je parle, pas vrai ? Bon, alors pas question de tomber dans ce travers-là. On est peut-être indignés, mais pas mesquins.

Il est parfaitement normal de se sentir en colère face à certains événements, que ce soient les discriminations, les conflits, les pollutions, les maltraitances, etc. Bref, la violence sous toutes ses formes.

La colère est une émotion parfaitement normale et saine (oui, oui, oui, pas question ici d’avoir honte d’être en colère ! Non mais ! Qui a dit une chose pareille ?). Elle nous indique ce que nous ne voulons pas, pour nous ou les autres. Et donc nous donne des indications sur ce que nous voulons. C’est une messagère ! Alors écoutons-la !

 

C’est de cette indignation et cette colère que naissent les mouvements militants. C’est bien de ça qu’il s’agit ici : la violence dans les milieux militants.

Parce que bon… J’ai tenté plusieurs fois de m’intégrer à des mouvements militants. Et je n’ai jamais réussi à rester bien longtemps dans ces groupes, tant la violence y était intense.

Voici ce que j’y ai vu : un groupe de personnes qui, parce qu’elles sont opprimées violemment, se permettent d’être extrêmement violentes envers tous ceux qu’elles identifient comme leurs oppresseurs. Comme si la carte de membre de « victime » était un passe-droit pour se venger, avec plus ou moins de discernement (à l’aveuglette, plutôt), de toutes les violences reçues. Les opprimés deviennent oppresseurs sans que cela leur pose le moindre problème.

Certains affirment même que ce serait légitime et croient fermement avoir raison. Certains croient que leur colère les autorise à blesser les autres, être violents, lyncher, harceler, inciter à la haine. Bref, à se défouler sans aucun scrupule.

 

Attention, ici je ne parle pas des actions militantes efficaces, faites en groupe et avec un objectif stratégique défini. Celles qui visent à atteindre et à faire changer un système particulier. Je parle des agressions entre les personnes qui souvent ne se connaissent même pas et se jugent selon des catégories sans nuance, hors contexte. Rien à voir entre une les actions dans une ZAD et un harcèlement pour pourrir quelqu’un.

La colère utilisée pour se venger aveuglement de tout ce que nous avons subi ne mène qu’à davantage de violences. Œil pour œil ? Où cela mène-t-il à part à un monde où tout le monde est éborgné et aveugle ? C’est Martin Luther King qui l’a dit, pas moi.

Pourtant la colère est un carburant puissant. En plus de nous renseigner sur ce que nous ne voulons pas (et donc sur ce que nous voulons à la place), elle a une force de frappe intense. À condition de « frapper » au bon endroit, et intelligemment…

 

Mon but n’est pas de donner des leçons… Je connais très bien ces accès de colère qui peuvent nous faire faire un peu n’importe quoi. J’ai encore parfois des difficultés à les canaliser pour moi tant je suis révoltée par certains sujets. Révoltée, outrée. J’ai parfois pété les plombs. Et je le regrette.

Mes proches peuvent témoigner, le tact n’est pas toujours mon fort dès qu’on aborde ces sujets. M’enfin de là à aller lyncher quelqu’un. Et en plus croire avoir raison de la faire, en retirer de la fierté… Ce n’est pas pareil.

Les réseaux sociaux ne facilitent pas le dialogue nuancé et approfondi. Je ne compte plus le nombre de discussions que j’ai quittées où clairement mes propos n’ont pas été entendus. Un mélange de maladresse verbale et de susceptibilité exacerbée créent des malentendus durables. Et ces malentendus divisent des personnes qui ont un même objectif initial.

Encore une fois, je ne vois pas l’intérêt à part se conforter dans l’idée d’avoir raison et que tous les autres ont tort. « Au bûcher tous ceux qui ne sont pas exactement comme moi !. Et puis, vive la biodiversité, aussi, puisque c’est ce que je défends. ». Hum ? Une contradiction ?

La forme est extrêmement importante quand on n’a que très peu d’espace pour s’exprimer et qu’en plus on ne le fait que par écrit. La qualité de communication est déjà faible dans des circonstances pareilles où les émotions sont fortes et viennent parfois parasiter les mots. Si en plus, on rechigne à soigner ce qu’on écrit… pas étonnant que ça dégénère.

 

Construisons le monde dans lequel nous voulons vivre ensemble.

 

Plutôt que de s’acharner à détruire tout ce qui touche de près ou de loin (parfois de très loin…) ce que nous ne voulons pas, je crois qu’il vaut mieux mettre ses forces dans la construction de ce qu’on veut.

Plutôt que de se défouler et reproduire toute la violence reçue vers des personnes identifiées comme oppresseurs, je crois qu’il vaut mieux s’exprimer et rendre visible ce que l’on vit. Il vaut mieux communiquer et chercher des soutiens.

Plutôt que de juger et critiquer ce que font les autres (et qui est forcément moins bien que ce que l’on fait soi, hein), je crois qu’il vaut mieux les sensibiliser sur ce que nous faisons et comprendre ce que ces autres font, là où ils sont. Et peut-être qu’on a aussi un angle mort, quelque chose qu’on ne fait pas et que l’autre fait.

Plutôt que de chercher à prouver à quel point on a raison et les autres ont tort, je crois qu’il vaut mieux écouter les points de vue de tout le monde et s’enrichir mutuellement de nos expériences.

 

Ouais, je sais, ça sonne Bisounours et guimauve. Bah ouais, mais c’est quand même plus cool de contribuer à un monde comme ça qu’une déchetterie toxique où tout le monde se fout sur la tronche.

Et, oui, je suis au courant que tu as reçu des coups. Nous avons tous reçu des coups. Pas seulement ceux qui se disent oppressés. Tous. Sans exception. Et si on commençait par accepter cette chose qui nous unit… ?

Je n’en peux plus des publications militantes qui poussent à la haine de son prochain. Je te mets pas d’exemple là, j’imagine que tu as déjà vu ça. Tu sais, les publications féministes qui incitent à donner des coups aux hommes, les publications neuroatypiques qui se moquent des neurotypiques, etc.

J’en ai assez de ces personnes qui me jugent parce que je n’ai pas exactement les mêmes opinions qu’elles. Laissez-moi manger de la viande. J’en mange peu, mais j’en mange ! Ça ne veut absolument pas dire que je cautionne les abattoirs, les maltraitances aux animaux ! C’est un choix qui m’appartient.

Pourtant j’en ai vues, des publications qui voulaient lyncher des mangeurs de viande, juste parce qu’ils mangeaient de la viande… Ce n’est pas avec ce genre d’intolérance intestine que le monde s’améliorera.

J’ai l’impression parfois que le motif des réseaux militants est de créer une guerre civile pour redéfinir qui sera oppresseur et qui sera opprimé, pour que les opprimés aient leur revanche.

Et donc, c’est sans moi, ces réseaux contre-productifs.

Si on veut avoir un impact positif sur le monde, arrêtons de nous tirer dans les pattes. Unissons plutôt nos forces pour contribuer à un système plus juste.

Ça se passe au-delà de nos différences, d’opinions, de choix, de mode de vie, de priorités. Dans cet endroit où nous sommes semblables et exempts de toute volonté de vengeance. Cet espace où nous contribuons tous à la paix.